Un pays de fourmis - La France a de l'avenir 9/12

Société



Un pays de fourmis - La France a de l'avenir 9/12

Ce n'est pas en France que l'excès d'endettement des ménages modestes aurait pu provoquer la crise des subprimes qui s'est récemment propagée dans le monde.

Alors que la dette des ménages américains est passée de 85 % du PIB en 2000 à 116 % en 2007, celle des ménages français ne dépasse pas 50 %.

La vie à crédit, de l'autre côté de l'Atlantique. Un pays de fourmis, de ce côté. C'est en France, en effet, que le taux d'épargne des ménages est le plus élevé. En moyenne de 15 à 16 % du revenu, alors qu'il est de 3 % aux Etats-Unis, de 5 % au Royaume-Uni, de 11 % en Espagne et de 10 % en Allemagne.

Ce qui, en période de croissance, peut être interprété comme un manque de confiance dans l'avenir devient un formidable amortisseur en période de crise. Un amortisseur qui se double du fait que, hormis la Suède (12 %), la France est aussi le pays où le taux de pauvreté monétaire (revenus inférieurs à 60 % du revenu médian) est le plus bas : 13 % comme en Allemagne, mais 19 % en Italie et au Royaume-Uni et 20 % en Espagne... avant la crise.

Cet effort d'épargne continu depuis une trentaine d'années a fait des Français l'un des peuples les plus riches au monde ! Avec un patrimoine net par habitant égal à près de 144 000 euros (le million de nouveaux francs !), ils se placeraient derrière le Japon (205 000 euros) et l'Irlande (148 000 euros), mais largement devant les Etats-Unis (128 000 euros) et l'Allemagne (90 000 euros).

Ainsi, les Français détiennent en dépôts et comptes sur livrets plus de 1 000 milliards d'euros que le gouvernement, malgré ses promesses, aurait bien du mal à garantir. Placement fétiche, les sommes placées en assurance-vie s'élèvent à 1 352 milliards d'euros, soit plus que la dette de l'Etat !

On retrouve ici une loi que l'économiste David Ricardo avait énoncée au début du XIXe siècle. Il avait alors démontré que les ménages augmentent leur épargne quand ils prennent conscience de l'appauvrissement à long terme que constitue l'augmentation de la dette publique.

Estimant fort sagement que les déficits d'aujourd'hui sont les suppléments d'impôts de demain, ils constituent, en fourmis, des encaisses en conséquence. C'est dire à quel point les appels émouvants de certains à vouloir relancer la consommation se heurtent à ce bon sens des ménages qui savent, eux, que tout plan de relance devrait d'abord passer par la diminution de la dépense publique.

Ce n'est pas pour rien que le plus que centenaire livret A est détenu par près de 50 millions de Français !