L'édredon social - La France a de l'avenir 12/12

Société



L'édredon social - La France a de l'avenir 12/12

Enfin, les Français peuvent s'appuyer plus que d'autres sur l'édredon protecteur d'un Etat qui emploie directement ou indirectement plus de 5 millions de fonctionnaires, dont le nombre, trop élevé en période où il faut lâcher les chevaux de la croissance, est un amortisseur de premier ordre quand il faut réduire la voilure.

Avec 31,1 % de dépenses totales de protection sociale en pourcentage du PIB, la France est de loin le pays du monde qui protège le mieux ses citoyens. Devant la Suède (30,7 %), la Belgique (30,1 %), les Pays-Bas (29,3 %), le Danemark (29,1 %), l'Allemagne (28,7 %), l'Autriche (28,5 %), l'Italie (26,9 %) et le Royaume-Uni (26,6 %).

Pour donner la mesure concrète du poids de ces pourcentages, il suffit de rappeler que 4,5 % de PIB en plus par rapport au Royaume-Uni, cela représente très concrètement 85 milliards d'euros, soit plus de trois fois les sommes consacrées au plan de relance.

A elles seules, les pensions de retraite, qui ne sont pas soumises aux caprices des marchés boursiers, représentent plus de 23 % du revenu des ménages déclaré à l'impôt. Pour certaines régions, comme la Creuse, les Pyrénées-Atlantiques, la Nièvre, le Lot et le Var, elles représentent même plus du tiers des revenus du territoire, ce qui les abrite totalement des effets de la mondialisation et amortit considérablement le choc, minime, des délocalisations.

Des sommes qui devraient être rappelées à l'occasion de chaque mouvement social pour montrer qu'il n'est nul besoin de relancer la consommation en France tant l'Etat-providence y pourvoit déjà largement plus qu'ailleurs. Des sommes qui font écrire dans Newsweek (19 janvier) à l'économiste allemand Holger Schmieding, travaillant pour la Bank of America, que la France est même « le dernier modèle debout ».


Le seul à ne pas avoir été mis à mal par le surendettement à l'anglo-saxonne ou l'excès de rigueur du système rhénan. Notre dette, qui faisait tache, est aujourd'hui allègrement dépassée par nos concurrents.

Notre interventionnisme qui nous faisait nationaliser à la moindre occasion les banques, les assurances ou l'industrie automobile fait aujourd'hui des émules aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Nos 35 heures qui faisaient si peu travailler les Français sont aujourd'hui enviées par ceux qui voient enfler le nombre de leurs chômeurs et pour lesquels « travailler peu pour gagner autant » est une ambition à la mesure des circonstances.

En fait, la seule chose qui manque aujourd'hui aux Français, c'est le moral et la confiance dans les atouts du pays. Ce pays si hostile à la mondialisation est en fait celui qui en a tiré les plus grands avantages. Ce pays si hostile aux entreprises est aussi celui qui a su les propulser aux tout premiers rangs du monde. Ce pays si méfiant à l'égard de tout plombier polonais est également celui dont les salariés travaillent le plus pour des firmes étrangères.

Faudra-t-il l'élection d'un métis en France à la fonction suprême pour que les Français osent dire, un jour, comme les Américains : « Yes, we can » ? L'affirmation d'une nation qui, avec seulement 1 % de la population mondiale, assure, à elle seule, 4,5 % de la création de la richesse mondiale...

« Il faut être heureux, écrivait Sacha Guitry, car lorsqu'on se met à être heureux l'existence devient une chose tout à fait inouïe. » Un conseil que devraient reprendre à leur compte tous les Français quand ils parlent de leur pays et de leur condition